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150 ans de la Commune de Paris

A partir du 25/05/2021 Actualité des archives

Pour marquer la fin de la commémoration de la Commune de Paris (mars-mai 1871), les Archives départementales vous proposent de découvrir une lettre écrite par Auguste Planchon, durant la Commune, à son frère Jules en Lozère, et conservée dans le fonds Balmelle (Arch. Dép. Lozère, 128 J 1). Il décrit les massacres et l'horreur dans laquelle se trouve Paris à la fin de la semaine sanglante.

Rappel des événements

Suite à la défaite contre la Prusse, les Parisiens, qui ont subi le siège de l'armée ennemie, se sentent humiliés et refusent l'armistice signée par une assemblée royaliste. La capitale se soulève le 18 mars 1871 lorsque le chef du gouvernement, Adolphe Thiers, envoie l'armée récupérer les canons sur la butte Montmartre. La foule s'y oppose, des barricades sont érigées, c'est le début de l'insurrection. Pour défier le pouvoir en place, des élections portent les républicains révolutionnaires à la tête de la ville. Le 28 mars, les Parisiens proclament la commune en référence à la Commune insurrectionnelle qui renversa la royauté en 1792. Pendant 72 jours les  communards, appelés également fédérés, adoptent des mesures économiques et sociales modernes. Cependant, le gouvernement veut mater la rébellion. Les combats font rage. Paris est à feu et à sang. La semaine sanglante du 21 au 28 mai est l'épisode final où la commune est écrasée, ses membres exécutés en masse (environ 30 000 morts), condamnés à mort ou déportés au bagne. Un symbole de ce massacre est le mur des fédérés au cimetière du Père Lachaise où 47 communards sont exécutés et jetés dans une fosse commune au pied du mur.

 

Transcription

Camp de Satory le 29 mai 1871 /

Cher Jules /

 

Je mets la main à la plume pour / te décrire un peu la guerre de rues de Paris. / Le régiment prit les armes le 19 courant / et partit du camp à 6h du soir, il partit 20 / musiciens pour le service d'ambulance ; comme / d'habitude moi je fus du nombre de ceux / qui restèrent au camp mais 4 jours après, il nous / falût aller relever ; nous rejoignymes le / régiment de la redoute du Trocadéro. Ici, / cher Jules, il m'est impossible de te décrire / ce que nous vîmes en chemin. / A la porte de Saint-Cloud, il y avait au moins 7 à 800 / cadavres d'insurgés vu la résistance qu'ils avaient / faite ; c'était une infection sans pareille / car on n'avait pas eu le temps de les enlever ; / mais autre chose nous attendait dans les / rues : des cadavres d'hommes et de femmes / gisaient les uns sur les autres ; partout / on voyait le ravage qu'avaient [fait] nos troupes / en passant. Enfin nous arrivâmes au régiment. Le lendemain on atteignait la place de la Concorde ou l'on fît 5 milles prisonniers. / Tous ceux que l'on attrape les armes à la main sont fusillés sur place. / De là on nous fît prendre la direction / de la place de la Bastille ; nous passâmes / dans la rue Rivoli : que de destruction dans / cette rue ; les trois quarts des grand magasins / sont brûlés par ses infâmes. Ont fait / halte devant la Saint-Jacques (monument échapé à la rage des insurgés), un officier des / chasseurs à cheval s'arrête devant une / demoiselle qui était entre une porte d'une / maison bourgeoise et lui demande / des renseignements sur un locataire de la / maison. La réponse lui fut un coup / de révolver à bout portant ; cette / forcené fut arrêté par un piquet / du régiment et conduite à Versailles. Enfin en arrivant à la place de la Bastille, / c'était pitoyable à voir tant il y en avait / de morts : on ne pouvait passer : sans marcher dessus les cadavres, / le sang ruisselait dans les boulevards / comme quand on donne l'eau à une ville. / Nous reçûmes l'ordre d'aller occuper / la place du Thrône et puis de / là on nous fît exécuter un mouvement / tournant pour cerner les insurgés qui étaient à Belleville. Nous passâmes dans Montreuil en longeant le chemin de ceinture. Les insurgés prévenus de ce mouvement, / nous envoyèrent deux ou trois bordées / de leurs formidables batteries qu'ils avaient / à Belleville et abandonnèrent leur / poste. Un obus tombé sur une maison, / où nous étions abrités derrière, nous couvrit tous de poussière et en blessant quelques uns de mes camarades avec des éclats de / pierre. Moi même je fus égratigné sur / la main droite. Enfin nous en f[in]îmes avec / la peur là nous fûmes relevés par un détache / ment d'ambulanciers et nous allâmes / rejoindre nos camarades au camp de Satory / où nous sommes présentement.

Voici les monuments brûlés ou sautés : / Les Tuileries il ne reste que le Pavillon Flore ; / on est arrivé à temps pour sauver le Louvre qui est très peu abîmé ; le ministère de / la guerre  et le ministère de la Marine / sont brûlés ; l'Hôtel de Ville brûlé ; / Le Panthéon sauté par des barils de / poudre qui avaient été entassés sous les catacombes ; / la colonne Vendôme est démoli, tu dois le savoir. /

Enfin cher Jules c'est une pitié de voir tout cela. Mais en revenche / je suis heureux de t'apprendre / que cette guerre civile e[s]t fini / Le dernier coup de main a eu lieu / dans Le Père Lachaise où les / insurgés ont fait une résistane désespérée, / il s'y étaient réfugiés pour la deuxième fois au nombre de vingt milles / mais il ne s'en est pas échapé un. / Ils avaient bien choisi leur lieu, / il y avait douze batteries qui / tiraient dessus à volonté. Tu peux / te penser quel gachîs que cela a fait. / L'assaut du cimetière donné, les soldats / avaient l'ordre de ne faire aucun quartier. / Aussi comme ça, ils ont été tous transportés dans leur fosse ces misérables.

Adieu cher jules Je vous embrasse tous de coeur et suis pour la vie ton dévoué frère / Planchon Auguste

Si tu n'as pas mis ma montre à la poste, / envoie la moi tout de suite car je crois que / nous serons stables quelques temps ici. / En cas adresse à la suite. / Réponse de suite

 


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