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#MoisdesMémoires : des hommes, tels des bêtes de somme...

A partir du 26/05/2021 Actualité des archives

Dans le cadre du Mois des Mémoires de l'esclavage et de ses héritages, les Archives départementales vous présentent des documents édifiants, qui permettent d’approfondir nos connaissances sur l’histoire de l’esclavage. Ils montrent à quel point ce système était ancré dans l’économie antillaise, et avait des répercussions dans toute la société française… Jusqu’en Lozère. Quel rapport entre l’esclavage et notre département ?

Il apparaît dans la succession de Gabriel Albis de Gissac, décédé en 1803, colon originaire du Rouergue qui s’est enrichi dans le commerce du sucre à la Guadeloupe. Sa fille Madeleine a épousé Jacques-Dominique Eimar de Jabrun, président du Conseil général de la Lozère (1800-1801). C’est un de leurs enfants, Camille, qui hérite de l’« habitation » (domaine et exploitation sucrière aux Antilles) de Sainte-Anne, sur l’île de Grande-Terre en Guadeloupe. Dans l’inventaire des biens, au milieu des terres et du mobilier, apparaissent une quarantaine de prénoms, sans noms de famille. Ce sont tous les esclaves qui font vivre le domaine et qui y sont attachés jusqu’à leur mort...tel du bétail. Ils y sont d’ailleurs décrits de la même manière, comparables aux bêtes de somme… ou même à de l'argenterie.

Pour comprendre cette institutionnalisation de l’esclavage dans les colonies antillaises, il faut rappeler qu’après une première abolition en 1794, Napoléon Bonaparte le rétablit par la loi du 20 mai 1802, aux bénéfices des riches planteurs des Colonies. Cet acte de 1807, contemporain de ce rétablissement, représente un outil concret pour les grands propriétaires permettant de freiner toutes volontés d’émancipation de ces populations noires, qui ont à peine goûté à la liberté (on remarque d'ailleurs que, dans une des listes, certains individus sont notés « divagants », signe que le 1er affranchissement de 1794 a laissé des traces...).

Il faudra attendre 1848 pour que l’esclavage soit définitivement aboli : un autre membre de la famille Eimar de Jabrun, Xavier (Conseiller colonial délégué à la Guadeloupe) œuvrera en ce sens au côté de Victor Schœlcher.

Ces documents (147 J 63) du fonds Eimar de Jabrun seront consultables très prochainement aux Archives départementales : cette question de l'esclavage et les réflexions qui en découlent y sont très présentes. On les retrouve dans de nombreux échanges épistolaires, actes notariés... Ils donnent une image saisissante des évolutions de la société sur ce sujet, tout au long du XVIIIe et XIXe siècle.


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